Une soirée avec Yves Cuilleron

Nous avons eu le plaisir d’accueillir récemment Yves Cuilleron, pour une soirée de dégustation autour de ses vins. Les meilleures soirées sont souvent celles qui font naître de passionnantes conversations et ce moment passé avec Yves Cuilleron en fut une belle confirmation. Je souhaitais partager avec vous quelques-uns des points qui m’ont marqués.

Le réchauffement climatique, entre aubaine et inquiétude

Yves Cuilleron en parle avec la lucidité et la franchise de quelqu'un qui travaille la vigne depuis quarante ans. Le réchauffement climatique lui a rendu service : une meilleure maturité des raisins, des tanins plus mûrs, des rouges moins sévères dans leur jeunesse. Mais il ne s'en réjouit pas sans réserve. Comme souvent en viticulture, un léger déplacement peut aider ; un excès menace l’équilibre.

Le Beaujolais, terroir d’avenir ?

La question des grands terroirs de demain a naturellement émergé. Les grands Bourgognes restent les références absolues précisément parce qu'elles conservent leur équilibre malgré les évolutions climatiques. Mais Yves nous a ouvert une piste que je n’attendais pas : le Beaujolais. Le prix de la vigne y est encore accessible et les terroirs sont remarquables. Yves nous a fait rêver en nous racontant les dégustations qu’il organise avec ses amis vignerons où chacun amène une vieille bouteille. Très souvent, de vieux Beaujolais se révèlent être de magnifiques vins de garde et conquièrent l’assemblée des vignerons. Nous sommes d’ailleurs en cours de sélection de nouvelle cuvées dans cette région.

La part la plus difficile, et la plus belle, du métier

Ce qui m’a peut-être le plus frappé dans ses propos, c'est la manière dont il décrit la part la plus difficile - et la plus belle - de son métier : devoir s'adapter sans cesse à ce que la nature décide. Le vigneron doit composer, chaque année, avec ce que la nature lui donne : gel, sécheresse, botrytis, ou au contraire une générosité inattendue. C'est, selon lui, ce qui rend le travail à la fois exigeant et vivant. Et c'est là, disait-il, que se joue la vraie constance.

Cette idée a résonné d'autant plus fort que je venais de voir un film documentaire consacré au Domaine Georges Vernay (Condrieu) sur le millésime 2021 : une année durement éprouvée par le gel, la pression sanitaire et les caprices du climat. Or c'est précisément le millésime 2021 qui nous a tant séduit chez Yves Cuilleron. Son Saint-Joseph « Serine » et son Crozes-Hermitage « Châssis » sont des vins très accomplis : plus souples qu'un grand millésime de garde et d'un plaisir gustatif immédiat.

L'art de la régularité

L'un des participants, Thomas, a posé à Yves une très belle question : comment parvient-on, en une seule génération, à faire de son propre nom une telle garantie de qualité ? Je lui avais moi-même demandé : comment obtient-il cette régularité dans la qualité de ses vins ? Il avait réfléchi un instant et répondu : « en m'adaptant aux données du millésime. » Ne pas chercher à faire un vin de garde quand le millésime ne s’y prête pas, travailler avec ce que l'on a, plutôt que contre. Cette sagesse viticole est surement à l’origine de la qualité des vins dégustés ce soir-là. Avec Julien, Nathalie, Aliette et les 15 convives de jeudi nous te disons « bravo » et « merci » !.

Clément